SCHIZOPHRENIE

Les données de l'imagerie dans la schizophrénie orientent vers un trouble de la maturation de certaines régions cérébrales.

En effet, les données conjointes de l'imagerie fonctionnelle et structurale orientent vers des régions cérébrales :

> impliquées dans les fonctions cognitives altérées chez les patients schizophrènes
ayant un développement plus tardif que celui des autres régions cérébrales et qui pourrait s'achever à la fin de l'adolescence ou chez l'adulte jeune.

Schizophrénie à début précoce (early-onset schizophrenia) et anomalie de développement de la région temporale basale

L'apparition de troubles schizophréniques avant l'âge de 18 ans qui définit la schizophrénie à début précoce, pourrait avoir un lien avec la manière dont se développe le cortex temporal et notamment le sillon collatéral suggérant une origine neurodéveloppementale des anomalies cérébrales.

Les chercheurs de l'unité en partenariat avec l'institut de Psychiatrie de Londres ont étudié les IRM anatomiques d'une cinquantaine d'adolescents schizophrènes comparativement à celles de 50 adolescents indemnes de pathologie psychiatrique.

Il a été également possible d'identifier une diminution de la surface du sillon collatéral chez les adolescents schizophrènes. Cette particularité anatomique est vraisemblablement présente dès de début de la maladie puisqu'aucune différence n'est observée en fonction de la durée d'évolution de la pathologie ou les doses de traitements pris par les patients.

Cortex temporal (vue de dessous)

A gauche : modification du volume cérébral à l'adolescence chez le sujet sain, selon l'étude américaine de Gogtay et coll., plus la couleur est chaude plus la modification est importante.

A droite : sillon collatéral chez un adolescent sain et à droite chez un adolescent atteint de schizophrénie, selon une étude réalisée dans l'unité 1000 (JAACAP, Penttila et coll.).

gogtay

 
 
 

Parallèlement à la mise en évidence de variations de la maturation cérébrale anténatale puis au cours de phases de transitions ultérieures en fonction de facteurs environnementaux ou génétiques, des traductions au niveau cérébral des symptômes psychotiques ont été recherchées grâce à l'imagerie cérébrale.

Un lien entre un symptôme tel que les hallucinations auditives et des variations de la structure cérébrale

photo 8

Les hallucinations les plus fréquentes chez les patients schizophrènes concernent les « voix ». De précédents travaux en imagerie cérébrale avaient mis en évidence chez des patients schizophrènes souffrant d'hallucinations auditives, des altérations anatomiques et fonctionnelles dans les régions impliquées dans le langage. Les régions frontales gauches impliquées dans la production du langage (génération de mots) sont hypoactives chez les schizophrènes déficitaires mais en revanche d'autres sous-régions situées dans l'hémisphère droit et impliquées dans l'effort intentionnel de recherche en mémoire sont activées, comme pour compenser.

L'analyse anatomique de l'ensemble des sillons corticaux d'un groupe de patients schizophrènes souffrant d'hallucinations auditives chroniques résistantes aux traitements (comparée à un groupe de sujets témoins indemnes) a permis de détecter des anomalies structurelles dans ces régions du langage (diminution de surface des sillons temporaux supérieurs et sillon frontal médian prédominant à gauche).

Diminution de surface des sillons prédominant dans l'hémisphère gauche (langage) chez des sujets schizophrènes avec hallucinations auditives résistantes au traitement (vs témoins n = 30 vs 30Puis en comparant deux groupes de patients schizophrènes, l'un victime d'hallucinations « internes » (perception d'une voix provenant de l'intérieur de leur tête) et l'autre souffrant d'hallucinations externes (voix provenant de l'extérieur), une différence a été mise en évidence au niveau de la jonction entre le sillon temporal supérieur et le sillon angulaire, une région activée lors de la localisation spatiale du son chez le sujet sain.

Comparativement au sujet sain, la jonction est déplacée antérieurement chez les hallucinateurs « externes » et postérieurement chez les hallucinateurs « internes ». Ces résultats suggèrent une vulnérabilité liée au développement anténatal (entre la 25e et la 29esemaine de gestation) période à laquelle les deux sillons fusionnent.

Cette symptomatologie auditive a été évaluée chez ces mêmes patients en IRM fonctionnelle, au cours d'une tâche comportant la présentation aléatoire de phrases standardisées par le biais d'un casque audio. Il semble exister une compétition entre les hallucinations auditives et la perception du langage extérieur dans la région temporale postérieure gauche.